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Alsace-Périgord Le choc cultuel Heurs et malheurs de l'évacuation
Catherine Schunck et François Schunck
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L'évacuation des Alsaciens dans le Sud-Ouest en septembre 1939 créa un contexte administratif et religieux doublement inédit. Inédit par la décision gouvernementale de conserver aux Alsaciens leur droit local spécifique qui obligea les autorités académiques à faire cohabiter l'école laïque avec l'école confessionnelle alsacienne dans les départements d'accueil. Inédit aussi car l'évacuation scinda chacune des communautés religieuses alsaciennes en deux parties, l'une restant en Alsace alors que l'autre était dispersée dans plusieurs départements du Sud-Ouest. Les auteurs décrivent les modalités de la cohabitation difficile des deux écoles en Dordogne sous la surveillance vigilante du syndicat des instituteurs et des clergés alsaciens, ainsi que les moyens matériels et humains mis en œuvre par les autorités des cultes reconnus pour faire face aux difficultés de toutes sortes créées par l'éclatement de leurs communautés.
“On a dit que le directeur général des services d'Alsace-Lorraine, Paul Valot, originaire de Périgueux, avait déclaré au président du Conseil que la Dordogne était mieux placée que n'importe quel département pour abriter un grand nombre d'évacués. Voilà que Charles Artorffer, directeur du service des cultes rattaché aux Services d'Alsace-Lorraine, rapporte dans son journal sur l'identité de celui qui choisit les départements d'accueil des évacués. Quel que fut ce responsable, il pouvait difficilement faire un choix plus risqué que celui de la Dordogne pour accueillir des Alsaciens, Strasbourgeois dans leur immense majorité. Tout ou presque, en effet, opposait les Alsaciens évacués et leurs hôtes périgourdins, à commencer par la langue, barrière quasiment infranchissable entre un Alsacien un peu âgé qui ne comprenait et ne parlait que son dialecte alsacien ou l'allemand et un Périgourdin qui ne comprenait et ne parlait que son patois occitan ou le français. Que pouvaient avoir de commun une famille citadine habituée au confort domestique d'un appartement de Strasbourg, l'une des plus grandes et des plus riches villes de France, et les paysans tout droit sortis d'un roman d'Eugène Leroy qui l'hébergeaient dans leur ferme au plus profond du Périgord ? Ces différences, acceptables en temps de paix, furent en temps de guerre autant de sources de tensions qui dégénérèrent parfois en conflits ouverts sur le sujet de la langue ou à propos des conditions d'hébergement. Parmi ces différences, il en était une, et non la moindre, qui comportait un risque particulier touchant à la cohésion nationale : qu'allait-il résulter de la rencontre entre le Périgord, vieille terre de franc-maçonnerie, laïque et radicale-socialiste, et l'Alsace, si attachée à son statut local spécifique où les religions étaient au cœur de la vie sociale et politique ? Le risque était d'autant plus grand que, depuis le retour des 'chères provinces' dans le giron français, ce statut était l'objet de débats très vifs dans la classe politique alsacienne où la tentation autonomiste se manifestait avec force.”
144 pages, 14,5 x 22,5 cm ISBN : 978-2-84208-198-0
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